L’incinérateur d’Ivry a vieilli, mais faut-il vraiment le reconstruire ou passer à autre chose ?

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Construit en 1969, en 1995 et 2005, l’incinérateur de déchets d’Ivry, le plus grand d’Europe, fait l’objet d’un projet de reconstruction démarré cette année. Mais certains suggèrent qu’il vaudrait sans doute mieux travailler sur une autre manière de gérer les déchets que nous produisons.

L’Autorité environnementale a publié le 21 mars 2018 un avis défavorable au projet de  reconstruction de l’usine de traitement des déchets Ivry-Paris XIII. Elle reproche au Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères (Syctom) de ne pas prendre en compte le plan B’OM, le scénario alternatif produit par les associations Collectif 3R et Zero Waste France. En outre, l’Autorité environnementale conteste le calcul du gisement de déchets retenu par le Syctom et l’adéquation du projet avec les objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte. D’une part, les chiffres de la direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie, retenus par l’Autorité environnementale et les associations, diffèrent de 400.000 tonnes par rapport à ceux du Syctom. D’autre part, le Collectif 3R et Zero Waste France rappellent que le Syctom prévoit de recycler 28 % des ordures ménagères en 2025, alors que les objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte espèrent 65 % de recyclage d’ici-là.

Plus important centre de traitement multifilière de la région parisienne, l’usine de traitement des déchets Ivry-Paris XIII se situe à cheval sur les territoires du 13e arrondissement de Paris et d’Ivry-sur-Seine. Il regroupe depuis 1997 un centre de collecte sélective, une unité d’incinération avec valorisation énergétique ainsi qu’une déchèterie, et fait aujourd’hui l’objet d’un projet de transformation à l’horizon 2027. C’est précisément ce projet que condamnent les associations, lui reprochant la destruction des déchets au lieu de leur recyclage au sein de l’économie circulaire. Le Collectif 3R propose ainsi dans le plan B’OM de mieux employer les installations existantes à Sarcelles, Argenteuil et Saint-Thibault-les-Vignes (extérieures au Syctom), afin d’éviter une surcapacité des fours dans le projet d’usine à Ivry-Paris XIII.

Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, analyse la politique du Syctom : « La justification du projet Ivry-Paris XIII repose encore et toujours sur des orientations datant du tout début des années 2000, alors que l’économie circulaire et l’urgence de réduire le gaspillage de nos ressources n’étaient pas encore au cœur des politiques publiques. La situation a bien changé et il est temps de mettre la politique du Syctom en cohérence avec les priorités d’aujourd’hui et les attentes des habitants. »