Mediapost pollue votre poubelle, votre planète et votre cerveau

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Un tas de déchets que je n’ai pas souhaité

Selon 60 millions de consommateurs les publicités non adressées qui se retrouvent dans nos boîtes aux lettres représentent 35 kg par foyer. Soit 850 000 tonnes à traiter dans les filières de recyclage, à nos frais. Nous payons donc pour retraiter un produit que nous n’avons pas sollicité.

Depuis 2004, la recommandation habituelle de l’ADEME et du gouvernement est de coller sur sa boîte aux lettres un autocollant STOP-PUB. Elle précise également dans un rapport de 2009 (je n’en n’ai pas trouvé de plus récent, s’il en existe un faites-le moi savoir!) sur ce dispositif Stop Pub que la « diversité d’autocollants ne nuit pas à l’efficacité du dispositif ». Ainsi donc, j’ai fait confiance à l’autocollant déjà présent sur la porte de mon immeuble. Avec un joli « SVP », difficile de ne pas comprendre le message.

Jusqu’à présent l’injonction était respectée. Mais voilà deux fois que je trouve ma boîte aux lettres encombrée de littérature commerciale. En tant qu’adepte du Zéro Déchet, je n’ai pas eu envie de laisser passer ça et me suis posé quelques questions :

– Ai-je envie que mes efforts et ceux de ma famille en faveur du Zéro Déchet soient contredits par quelqu’un que je ne connais pas ? Non.

– Ai-je envie d’être la cible marketing de grandes enseignes (en autres ici Auchan, Géant Casino)* que je ne fréquente pas et dont je ne cautionne pas les principes sociaux et environnementaux ? Non.  

– Ai-je envie de payer le tri et le recyclage de ce papier que je n’ai pas commandé, acheté ? Non.

– Ai-je envie de descendre les poubelles ? Non.

– Ai-je envie que des inconnus s’introduisent dans le hall de mon immeuble ? Non.

– Ai-je envie d’avoir les mains en contact avec des encres toxiques, des métaux lourds ? Non.

– Ai-je envie d’encourager le système de la promotion commerciale, de galvauder la valeur travail, de prendre part à la compétition des grandes enseignes, de me laisser considérer comme une part de marché ? Non.

* Les enseignes de la grande distribution représentent 55% des diffuseurs d’imprimés non adressés selon l’ADEME.

Agir pour faire changer les choses, mon premier acte militant

Dans son rapport de 2009, l’ADEME se félicite que « l’engagement des diffuseurs et les réclamations faites par les collectivités auprès des diffuseurs garantissent le respect de l’autocollant. Le respect de l’autocollant Stop Pub a beaucoup progressé depuis 2005, ce qui rend les opérations locales efficaces à l’échelle individuelle : les boîtes aux lettres équipées reçoivent moins ou plus du tout d’INA. » [Note : Imprimés Non Adressés]

Il faut croire qu’après toutes ces années, il y a encore des ratés. Mon cas n’est pas isolé et on trouve sur la toile quantité de témoignages qui ne datent pas d’hier : en voici un exemple avec les commentaires d’un post écrit en en 2008, qui reçoit encore des témoignages en 2016.

J’ai donc décidé, pour une fois, de réaliser une action concrète pour dire mon mécontentement. Et j’ai trouvé l’inspiration dans ce tas de pub, justement. La brochure de Paru Vendu, entreprise à laquelle je n’ai jamais recours, précise le nom du distributeur : Mediapost. C’est une aubaine !

 

Je cherche un numéro de téléphone fixe sur les Pages Jaunes et j’appelle donc Mediapost. Je me présente et demande ce que je suis supposée faire de ce tas de papier. Je demande également à ce qu’on m’éclaire sur l’accès aux immeubles par des sociétés telles que Mediapost. Je reçois un accueil épouvantable, subis des transferts vains pour finalement me faire raccrocher au nez. Ce qui j’en conviens, était un peu mérité vu le ton que j’avais employé 🙂

Je décide de ne pas en rester là et le lendemain je décide de me rendre en personne dans les locaux de Mediapost. Je me rends compte à quel point j’ai l’habitude de taire mon mécontentement et à quel point je me sens illégitime. En effet, aucune loi n’interdit la distribution de ces imprimés, quand bien-même un autocollant stop-pub serait visible sur la boîte aux lettres.

A défaut de loi je fais donc appel à mes propres convictions et à ma propre définition de mes limites, de mon espace vital. Un peu stressée à l’idée d’aller me plaindre de vive voix je prends la route pour les bureaux de Mediapost.

 

Les locaux ne sont guère engageants. J’entre tout de même, sans que personne ne s’interroge sur ma présence : je suis dans un grand entrepôt où des employés ouvrent les palettes de prospectus et constituent les liasses de publicité. Je demande à un employé de me conduire à la personne qui pourra prendre en compte ma réclamation. La chef de service qui me reçoit me réserve cette fois-ci un accueil très professionnel : elle me demande mon adresse afin de bien informer le distributeur et m’adresse ses excuses pour cette erreur de distribution.

J’en profite pour lui poser quelques questions. J’apprends alors que Mediapost est une des 250 filiales de La Poste. Et que, par conséquent elle possède les mêmes clés passe-partout que mon facteur, et s’introduit donc dans mon immeuble en toute légalité. De retour chez moi je me suis renseignée sur ces passe-partout. Et bien il en existe différentes sortes et on peut s’en procurer assez facilement sur internet ou chez un serrurier complaisant.

Donc à part se faire entendre, rien ne contraint officiellement Mediapost à épargner ma boîte aux lettres de ces déchets imprimés. Et ma visite dans leurs locaux n’a pas arrangé l’image que je me fait de cette entreprise.

Mediapost : un ami qui vous veut du bien

Comme elle l’affirme elle-même sur son site internet l’entreprise Mediapost est leader de la publicité en boîte aux lettres ! Et à priori c’est fantastique parce que le site affiche une avalanche de gens souriants, de trentenaires en forme dans des bureaux bien rangés et lumineux.

Moi, ce que j’ai vu ressemblait plutôt à ça :

Les employés qui constituaient les liasses à distribuer travaillaient debout sans chaise, sauf l’un d’entre eux souffrant visiblement de problèmes de poids. Ceux que j’ai vu étaient soit très jeunes soit clairement à l’approche de la retraite. Ce n’est qu’une supposition, mais il me semble clairement que Mediapost recrute au sein de populations n’ayant que peu de possibilités de négocier leur salaire, au vu de leur manque d’expérience pour les plus jeunes et de la difficulté de trouver un emploi pour les plus vieux.

Mediapost s’engage pour la diversité culturelle au travail. Quid de la diversité des tranches d’âge recrutées ?

Par ailleurs, une recherche très rapide sur le net montre que Mediapost s’est déjà retrouvée dans le collimateur de la justice, des syndicats, de la presse : ici, ici et .

Mediapost s’offre une bonne conscience écolo !

Sur le site de Mediapost on apprend que l’entreprise s’engage auprès de l’association Culture Papier. Pour en réduire l’utilisation ? Non, et clairement ce n’est pas à l’ordre du jour. Qu’affirme le président de l’association en tête d’un memo disponible en ligne ? « Aujourd’hui, secondé par les moyens numériques le papier n’en reste pas moins unique et irremplaçable »  Autrement dit, la filière papier ne compte pas remettre en question ses activités et ne s’intéressera pas à une transition vers le tout numérique. Voilà, la messe est dite : on a du papier à vendre donc on va le vendre ! Et pour le vendre on va faire croire que c’est un matériau indispensable.

Mediapost va plus loin dans « l’engagement environnemental » en proposant : « des offres totalement neutres en carbone, puisque les émissions de CO2 liées à nos prestations sont intégralement compensées. Nous permettons à nos clients de valoriser cette démarche auprès de leurs propres interlocuteurs via l’apposition d’un marquage (logo), que vous pouvez obtenir en cliquant sur le lien ci-dessous. »

La compensation carbone ? Ce n’est à mon sens qu’un droit de polluer qui empêche le questionnement sur nos pratiques quotidiennes ou industrielles polluantes. Et qu’en est-il du décalage spatio-temporel induit par la « neutralité carbone » ? En effet, les victimes d’une pollution donnée ne bénéficieront pas directement de la compensation.

Allez, on vous offre un petit logo et vous pourrez diffuser 850 000 tonnes par an de publicité-déchet, triées par des gens sous-payés , tout en paraissant écolo ! Chouette ! Ce procédé à un nom : le greenwashing et nous en sommes les cibles, nous citoyen lambda, petit écolo du dimanche, bobo de la ville. Le but : nous faire consommer !

Pour conclure, la minute politiquement incorrecte

Au risque de faire grogner les grincheux : je dis oui à la disparition du métier de distributeur et aux emplois de tri de publicités non adressées.

Et je dis oui au développement des métiers qui œuvrent vraiment pour mon bien-être et celui de ma planète : artisan boulanger.ère, artisan boucher.ère, couturier.ère, gérant.e de friperie, fabriquant.e de vêtements éthiques, comédien.ne.s, plombier.ère, menuisier.ère, restaurateur.rice, maçon.ne, libraire, fromager.ère, éleveur.euse, cultivateur.euse, médecin, infirmier.ère, vigneron.ne, vendeuse en boutique bio/éthique/locale, aide à la personne, professeur… et tous les autres.

Allez, on fait un joli sourire, on sort la poubelle et on dit merci Mediapost de nous faire faire un peu de sport !